Un devis qui bat la concurrence de dix francs de l’heure n’est presque jamais un devis malin. C’est souvent un devis qui n’a jamais été calculé. Le tarif horaire recopié sur un concurrent, ou sorti d’une intuition un lundi matin, est la première raison pour laquelle un chantier « qui tourne » ne finit jamais par enrichir personne.
1. Le coût horaire réel n’a rien à voir avec le salaire net
Un collaborateur payé CHF 32/h brut ne coûte pas CHF 32/h à l’entreprise. Il faut ajouter les charges sociales employeur (AVS/AI/APG, AC, LPP, LAA : comptez 15 à 20 % du brut selon la caisse et la branche), le 13e salaire et les vacances proratisés, l’outillage et l’habillement, et surtout le temps qui ne se facture jamais : trajets, devis, coordination, administratif. Sur une semaine réelle, ce temps mort avoisine souvent un jour plein sur cinq. Résultat : une entreprise qui paie CHF 32/h de brut porte un coût horaire réel proche de CHF 55 à 65/h une fois tout inclus. Et c’est ce chiffre-là qu’il faut mettre dans le devis, pas le salaire.
Le test en trente secondes
Prenez votre tarif horaire facturé, retirez 20 % de charges, puis encore le temps non facturable de la semaine (souvent un bon tiers du temps réel). Si ce qui reste ne couvre pas confortablement votre structure, vous ne perdez pas de l’argent tous les jours. Mais un seul mauvais mois suffit à effacer la marge de l’année.
2. Le matériel : chiffrer au prix payé, jamais au prix rêvé
Un prix fournisseur vu en janvier n’est garanti pour personne en juin. Sur un chantier de rénovation qui s’étale sur plusieurs mois, deux options seulement : obtenir une offre ferme du fournisseur pour toute la durée, ou intégrer une marge de sécurité de 3 à 8 % (plus haute sur le bois, le métal et les isolants, dont les prix bougent le plus).
3. La marge : ce qui sépare un devis honnête d’un devis suicidaire
Frais fixes de structure (local, véhicules, assurances, comptabilité) : comptez 10 à 15 %
Bénéfice net visé : 5 à 12 % selon le métier
Provision imprévus : 5 à 10 %, et en rénovation ce n’est jamais du luxe
En rénovation, l’imprévu n’est pas l’exception, c’est la norme : mur porteur découvert derrière un doublage, installation électrique hors normes, humidité qui remonte d’un vide sanitaire personne n’avait ouvert depuis vingt ans. Un devis qui ne provisionne rien pour ça se transforme systématiquement en avenant pénible à négocier une fois le chantier ouvert, précisément au moment où le rapport de force a basculé du côté du client.
4. La TVA, sur le bon montant
Le taux normal suisse est 8,1 % depuis le 1er janvier 2024, appliqué sur le total HT (main-d’œuvre + matériel + marge), et non ligne par ligne avec des arrondis qui dérivent sur une longue liste de positions. C’est exactement le genre d’erreur invisible que produit un tableur mal conçu.
5. Un exemple qui tient debout : pose de fenêtres triple vitrage
Main-d’œuvre
16h × CHF 65/h (coût réel)
1’040.00
Matériel
6 fenêtres triple vitrage + pose
4’300.00
Marge (frais fixes + bénéfice)
18 % sur sous-total
961.20
Le calcul se fait tout seul, pas la marge
Sur Cantia, la TVA, les totaux et le catalogue de prix se calculent automatiquement à chaque ligne. Le seul chiffre que vous gardez à choisir, c’est votre marge.
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